A MACON, l'hommage à Pierre SEMARD a eu lieu le 6 mars. En voici le texte. Pour les photos, les conditions atmosphériques ont amené l'appareil photo à rester à l'abri dans le sac.

COMMEMORATION PIERRE SEMARD

Gare de MACON

6 Mars 2017

Allocution préparée par Michel VELAIN


Mesdames, Messieurs,

Chers Camarades,

Chers Amis,

Chers Collègues,

Nous sommes réunis en ce jour du 6 mars 2017 afin d’honorer la mémoire de Pierre Sémard qui fut le secrétaire général de notre Fédération CGT des Cheminots et qui fut fusillé par les nazis il y a 75 ans le 7 mars 1942, et pour honorer la mémoire de tous les cheminots morts pour la France sous l’occupation allemande. Demain, à BRAGNY-SUR-SAONE, son village natal, un hommage national lui sera rendu comme tous les 5 ans.

L’hommage rendu à Pierre Sémard est loin d’être une manifestation désuète et nostalgique, bien au contraire.

Votre présence ici témoigne de tout votre attachement aux valeurs universelles que des femmes et des hommes de la trempe de Pierre Sémard ont contribué à enraciner, non seulement chez les Cheminots mais également dans la classe ouvrière et dans la nation toute entière.

Il convient donc ici d’éclairer l’avenir à la lumière du passée, et ce ne sont pas les gesticulations de certains, à l’image d’un ancien Président de la République, qui effaceront ce que furent les positions de la classe dominante dans cette période sombre de notre histoire.

Il nous faut rappeler que le pouvoir a été remis à Pétain et Laval le 10 juillet 1940 par une partie des parlementaires élus en 1936, qui après avoir déchu tous les députés communistes, ont dissout la IIIème république. C’est ainsi que l’Etat français fut dirigé par une dictature fascisante de juillet 1940 jusqu’à la Libération, servilement soumise aux exigences des nazis.

Il ne s’agit pas pour nous d’une version partisane de l’Histoire mais le rappel d’un constat indiscutable que l’Histoire dite officielle tend à occulter, tant elle est lourde de culpabilités pour les politiciens et le patronat qui avaient proclamé en 1936 « Mieux vaut Hitler que le Front Populaire ».

Certes l’Etat français a depuis reconnu sa responsabilité de l’époque dans la déportation des juifs vers les camps d'extermination. Mais il faut aller au bout de la vérité, en reconnaissant que de très nombreux patriotes, militants ouvriers, syndicalistes, souvent communistes furent arrêtés dès 1939 par la responsabilité du gouvernement Pétain et condamnés par la justice française. Ils ont été livrés aux nazis qui les ont fusillés comme ce fut le cas de Pierre Sémard.

Toutes ces années noires sont véritablement accablantes pour les acteurs de la collaboration avec les nazis. Par contre elles mettent à l'honneur tous les patriotes ayant eu la dignité et le courage de désobéir à ce pouvoir maudit, et de s'insurger, de lutter de toutes leurs forces au péril de leur vie contre la politique de soumission à Hitler.

Pierre Sémard fut de ceux-là.

Au cours de sa carrière, Pierre Sémard fut révoqué à plusieurs reprises de la SNCF pour son courage et ses prises de positions politiques et syndicales.

II a été de tous les combats de son époque. Son nom rappelle plus de 30 années, entièrement consacrées à la défense des intérêts de la classe ouvrière et du peuple français, plus de 30 années de luttes et de sacrifices.

Aujourd'hui beaucoup de rues et de places portent son nom, Pierre Sémard était connu et aimé au-delà de sa Bourgogne natale. Toute la classe ouvrière l'aimait et le connaissait.

Mais Pierre Sémard, c'était aussi le militant communiste, le syndicaliste qui, dès le début, s'est engagé et a soutenu la jeune République Espagnole contre les fascistes de la phalange et FRANCO. En 1936, une délégation de la CGT conduite par Pierre Sémard rencontre Léon Blum afin que celui-ci intervienne auprès des compagnies privées de chemin de fer pour l'octroi de 21 jours de congés, la semaine de 40 heures, les conventions collectives, la réintégration de tous les révoqués de la grève de 1920.

Au nom de la CGT, Pierre SEMARD et notre Fédération militent pour la nationalisation des compagnies privées de chemin de fer. Il prônait la complémentarité entre les modes de transport, et avait proposé un statut du chauffeur routier, inspiré du statut du cheminot, qui s’il avait été mis en œuvre, aurait considérablement amélioré les conditions de travail des chauffeurs.

En 1937, la SNCF est créée : il sera l'un des 4 administrateurs. Alors même qu'à l'issue des derniers scrutins survenus à la SNCF, les Cheminots ont fait le choix de conforter la CGT comme 1ère Organisation Syndicale dans l'Entreprise, 1ère       place qu'elle a su conserver depuis la nationalisation de la SNCF, le nom de Pierre Sémard nous revient en écho comme pour réaffirmer qu'il faut poursuivre ce qu'il avait engagé.

Au lendemain de la grève du 30 novembre 1938, il est révoqué du Conseil d'Administration pour avoir appelé à la grève.

S'en suit un conseil de discipline qui le rétrograde au rang d'employé aux écritures. Arrêté à Loches, le 20 novembre 1939, Pierre Sémard est détenu une fois encore à la prison de la Santé pour 3 ans.

Il est incarcéré par la suite à Bourges avant d'être transféré au camp d'internement de Gaillon puis amené à Evreux pour être fusillé le 7 mars 1942.

Avant de mourir, Pierre Sémard nous laisse une dernière lettre, sans doute sa dernière lettre dans laquelle il précisait, entre autres :

« ... Je meurs avec la certitude de la libération de la France. Dites à mes amis les cheminots que ma dernière volonté est qu'ils ne fassent rien qui puisse aider les nazis. Les cheminots me comprendront, ils m'entendront, ils agiront, j'en suis convaincu ».

Après l'assassinat de Pierre Sémard, les cheminots sortent de l'ombre avec encore plus de détermination contre les nazis. L'appel lancé après sa mort se répercute dans toute la France entière par l'intermédiaire de l'Humanité, la Tribune des Cheminots et la Vie Ouvrière alors clandestines.

Le mutisme des dirigeants du pays, de leurs complices et de la direction de la SNCF, contraste avec la ferveur militante qui s'empare, d'une manière spontanée, de nombreux cheminots, parfois éloignés de la CGT, dès lors qu'ils ont appris la mort de Pierre Sémard. L’ancien Secrétaire Général de la Fédération CGT des Cheminots puis de la CGT, Georges SEGUY, décédé en 2016, faisait partie de ceux-là. Pierre SEMARD était un ami de ses parents.

Encore aujourd'hui, Pierre Sémard incarne une probité et un engagement bien au-delà du simple courage. Son exécution au bout d'un long chemin militant a frappé une corporation dont il avait été un défenseur intraitable.

Pierre Sémard fut une personnalité majeure de l'Histoire sociale de la France du 20ème siècle qui a contribué à la naissance de la SNCF en 1938.

C'est une figure du mouvement ouvrier qui a marqué notre société d'une empreinte trop souvent méconnue voire totalement oubliée. Les positions, les orientations, les réflexions que Pierre Sémard a défendues notamment au Conseil d'Administration de la SNCF nous fournissent toujours avec autant d'éclairages majeurs sur des sujets qui continuent à faire débat, sur le transport ferroviaire dans l'économie d'aujourd'hui. Relire les textes de Pierre Sémard, c'est souvent trouver des appréciations, des jugements voire des propositions qui ont gardés une réelle validité.

En ce sens, il fut un visionnaire qui avait compris les enjeux et l'avenir du chemin de fer qui répondraient aujourd'hui aux attaques répétées des libéraux de tout poil qui tentent de démanteler, de casser, de privatiser cette belle entreprise qui était, il n'y a pas si longtemps encore, l'outil le plus performant d'Europe. Casser la SNCF, les cheminots, leur statut social au nom du business, du fric, de la concurrence, est devenu aujourd'hui le fil conducteur du président PEPY, reconduit par l’actuel gouvernement avec une feuille de route écrite par Sarkozy et inchangée à ce jour.

Après la 2ème guerre mondiale, la France était exsangue, il fallait tout reconstruire.

La France s'est relevée grâce à la mise en œuvre d'un programme social révolutionnaire pour l'époque, prenant comme socle le programme du Conseil National de la Résistance investissant avant tout dans le social.

Nous sommes très attachés au programme du CNR, programme national de la Résistance qui vit le jour en 1943 sous l'égide de Jean MOULIN.

A la Libération, la mise en œuvre de ce programme avec la présence des ministres communistes comme Ambroise CROIZAT se traduit par : la création de la Sécurité Sociale pour tous, la retraite par répartition, la création du salaire minimum, l'augmentation des salaires de 28 %, les 40 heures effectives, les allocations familiales, la création des Comités d'entreprises, les conventions collectives, la prévention des accidents du travail, le statut des Fonctionnaires avec Maurice THOREZ, la nationalisation des moyens de production avec Marcel PAUL, la création d'EDF/GDF, la nationalisation des banques, des charbonnages, du crédit des usines Renault, d'Air France, le droit de vote des femmes, tous ces acquis démocratiques, ces avancées considérables du programme du CNR n'ont pu avoir lieu qu'avec les luttes de générations de militants qui nous ont précédés mais aussi avec un rapport de force conséquent.

Quel bilan tout à l’honneur de ceux qui ont impulsé ce grand mouvement de progrès social sans précédent. A cette époque, la répartition des richesses dans notre pays était différente de ce qu’elle est maintenant. Le rapport de force politique était aussi différent. Il est bon de s’en souvenir à moins de 2 mois de l’élection présidentielle. Mais comme le disait un de ces ministres, Ambroise CROIZAT, les conquêtes sociales ne sont jamais définitives, le patronat essaie toujours de reprendre ce qu’il a du lâcher. Et grande est la responsabilité de ceux qui ont initié ou favorisé les reculs sociaux auxquels nous avons assisté ces dernières années.

A l'heure où le MEDEF, sous un gouvernement dit de gauche, souhaite une nouvelle fois s'attaquer aux droits des salariés avec l'aide zélée d'organisations syndicales minoritaires, il convient de rappeler ici et ailleurs toute la nécessité de se rassembler, afin d'imposer d'autres choix que la seule austérité pour ceux qui concourent à produire les richesses de ce pays.

En ces 6 et 7 mars 2017, ce n'est pas seulement le combattant mais c'est aussi le résistant qu'on honore.

Nous devons, nous aussi, en 2017, avoir un devoir de vigilance et de résistance.... notre devoir est de continuer le combat que notre Fédération des Cheminots a engagé depuis longtemps déjà, avec toutes les forces progressistes de ce pays qui refusent de se résigner.

Notre devoir est de lutter, TOUS ENSEMBLE !

La détermination de Pierre Sémard tout au long de sa vie jusqu'à son exécution fut telle, qu'elle doit nous inciter à combattre toutes les orientations et stratégies qui tourneraient le dos à l'intérêt collectif.

Continuons de nous battre pour plus de justice sociale et poursuivons ainsi le combat engagé par Pierre Sémard !

Les Cheminots ont payé un lourd tribu pendant la 2ème guerre mondiale :

-          8.939 ont perdu la vie

-          15.977 ont été blessés

-          1.157 sont morts en déportation

Ils sont l’honneur de la CGT et souvent de leur parti, le PCF.

C’est pourquoi les générations d’aujourd’hui doivent continuer le combat qui fut le leur.

Vive notre Fédération CGT des Cheminots,

vive la CGT.

Merci de votre attention.


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